La grossesse et l'adolescente

Société canadienne de pédiatrie (SCP)

Approuvé par le conseil d'administration de la SCP en 1994

No de référence : AM94-02

 



Contenu


Entre 1975 et 1987, le nombre de grossesses chez les adolescentes au Canada est passé de 58 000 à 37 000 par année. Par contre, au cours des années suivantes, ce nombre s'est accru : on a rapporté quelque 2 000 grossesses de plus en 1990 que trois ans auparavant. La taux le plus élevé se rencontre chez les adolescentes de 18 et 19 ans (67 pour mille), et plusieurs d'entre elles ont planifié leur grossesse. Mais le taux de 27 pour mille chez les 15 à 17 ans indique que le problème des grossesses non planifiées est toujours présent.

En 1989, 52 pour cent des adolescentes enceintes âgées de 15 à 17 ans ont mené leur grossesse à terme.1 En 1990, 239 enfants sont nés d'adolescentes âgées de moins de 15 ans. Environ les deux tiers de celles qui sont devenues enceintes ont eu recours à l'avortement thérapeutique (Jill Strachan, communication personnelle).

La prévention de la grossesse

Les médecins ont un rôle important à jouer dans la prévention des grossesses non planifiées chez les adolescentes. Les médecins de première ligne doivent discuter avec leurs patientes des décisions à prendre dès le bas âge et les appliquer à toutes les questions touchant la sexualité, le choix personnel, la pression des pairs, la pratique de la sexualité en toute sécurité et la contraception, en tenant compte du développement de l'adolescente. Ce concept est particulièrement important pour les adolescentes qui présentent un retard du développement, une incapacité ou une maladie chronique. Les adolescents des deux sexes susceptibles de s'engager dans une activité sexuelle précoce doivent être conseillés sur les méthodes de contraception. Les adolescentes à risque de pratiquer des relations sexuelles non protégées comprennent:

Le diagnostic

Le diagnostic précoce de la grossesse est essentiel afin de permettre à l'adolescente d'envisager un maximum de solutions et afin d'initier des soins prénatals poursuivre si elle décide de grossesse. De piètres soins prénatals sont la cause majeure du taux élevé de complications chez les adolescentes de 15 à 19 ans. Ce taux est davantage élevé chez les plus jeunes.2,3

Ce diagnostic précoce est souvent difficile à faire, car plusieurs adolescentes nient, même à elles-même, la possibilité d'une grossesse. Les irrégularités menstruelles du début de l'adolescence peuvent également masquer une grossesse. Celles qui présentent ce type d'irrégularités, accompagnées de nausées, de vomissements ou de fatigue doivent être interrogées sur la possibilité d'une grossesse et dépistées en conséquence.

L'analyse de laboratoire peut diagnostiquer une grossesse bien avant qu'elle soit décelable à l'examen physique. La bHCG sérique peut être positive quelques jours seulement après la conception. De simples tests effectués en cabinet, tel l'HCG monoclonal dans l'urine, sont positifs dix jours après la conception. Un examen pelvien bimanuel doit être effectué pour tenter d'établir l'âge gestationnel. L'ultrason peut également être utilisé. Ces tests ne sont pas des substituts à une anamnèse appropriée.

 

La prise en charge de l'adolescente enceinte

En faisant l'histoire de cas de l'adolescente enceinte, le médecin doit :

Le médecin qui ne peut conseiller une adolescente enceinte sur toutes les options possibles a la responsabilité de la référer (ainsi que son partenaire, si elle en fait la demande) vers un établissement capable de le faire. L'information sur les services disponibles au sein de la collectivité (et si nécessaire, à l'extérieur de la région) est essentielle.

Afin de minimiser les risques pour l'adolescente enceinte, la Comité de médecine de l'adolescence de la Société canadienne de pédiatrie recommande que les médecins :

Options

Bien que le temps soit un facteur important car certains choix ne sont plus possibles après la premier trimestre de la grossesse, l'adolescente ne doit pas être contrainte de prendre une décision hâtive. Toute confusion, hésitation ou pression provenant d'autres personnes doivent être prises en considération. Les médecins doivent se rappeler que peu d'adolescentes choisissent de confier leur bébé en adoption et parmi celles qui prennent cette décision, beaucoup changent d'idée après la naissance du bébé. Pour être certaine de sa décision, la mère hésitante doit pouvoir bénéficier d'un contact avec le bébé.

Les médecins doivent également se rappeler que l'adolescente enceinte souhaite faire le bon choix. Il peut être utile de rassurer la patiente en lui disant par exemple : Lorsque la grossesse n'est pas planifiée, il n'y a pas de choix parfait. Tout ce qu'il faut faire, c'est trouver ce qu'il y a de mieux pour toi à ce moment-ci. Peu importe l'option choisie, c'est peu probable qu'elle te semble la bonne à 100 %.

Les options disponibles à l'adolescente enceinte comportent divers risques médicaux. Un avortement thérapeutique précoce représente le risque le plus faible; un avortement entre 16 et 20 semaines comporte un risque modéré; un accouchement naturel comporte la risque le plus élevé de morbidité et de mortalité.4,5

Counseling pour l'adolescente qui décide de poursuivre sa grossesse

Les soins prénatals doivent débuter dès que possible. Si le médecin qui assure le counseling n'assure pas les soins obstétricaux, il peut renseigner la patiente sur les façons de choisir une pratique ou une clinique qui puisse le mieux satisfaire ses besoins physiques et émotifs. La patiente doit rechercher un praticien qui lui parlera du tabagisme, de la consommation d'alcool, d'abus des drogues, des MTS, de la nutrition et de l'allaitement maternel, et qui fera de la prévention.

La médecin doit:

Counseling auprès de l'adolescente qui planifie un arrêt de sa grossesse

La patiente qui a décidé de mettre un terme à sa grossesse a besoin :

Résumé

La grossesse comporte des risques d'ordre physique et psychosocial pour l'adolescente. Par le counseling et la traitement, le médecin qui traite l'adolescente doit tenter de prévenir une grossesse indésirée. Si elle survient, les risques pouvent être diminués par un diagnostic précoce, on offrant une gamme complète de choix thérapeutiques et en supportant sans réserve l'adolescente enceinte. La rôle du médecin inclut les soins médicaux et le counseling, la référence à des services appropriés et la support.6

La Société canadienne de pédiatrie reconnaît les questions sociales, d'éthique et religieuses complexes en lieu et reconnaît aux médecins le droit de ne pas participer à tous les aspects du counseling sur la contraception et la grossesse. Cependant, les médecins ont la responsabilité d'assurer que des services complets soient offerts à toutes les adolescentes enceintes.

Références

  1. Wadhera S, Strachan J. Teenage Pregnancies, Canada, 1975-1989. Health Rep. 1991;3:327-347.
  2. McAnarney ER, Hendee WR. Adolescent pregnancy and its consequences. JAMA. 1989;262-74.
  3. Leppert, PC, Namerow PB, Barker D. Pregnancy outcomes among adolescent and older women receiving comprehensive prenatal care. J Adolesc Health Care. 1987;7:112.
  4. Hatcher RA, et al. Contraceptive Technology 1988-1989. New York, NY: Irvington Publishers; 1988:6.
  5. Kreutner AK, Hollingsworth DR. Adolescent Obstetrics and Gynecology. St Louis. MO:Yearbook Medical Publishers; 1988.
  6. Hechinger FM. Babies Born to Children. In: Fateful Choices: Healthy Youth for the 21st Century. Carnegie Council on Adolescent Development, Carnegie Corporation of New York, New York, NY: Hill and Wang; 1992.


Comité de la médecine de l'adolescence

Membres  : Docteurs Dolores Doherty (directrice responsable), Janeway Child Health Centre, St-Jean  NF; Miriam Kaufman (coauteure principale), The Hospital for Sick Children, Toronto ON; Deborah Lindsay, Children's Hospital, Winnipeg  MB; Larry Pancer, The Hospital for Sick Children, Toronto ON; David Sharpe (président), Hôpital pour enfants de l'est de l'Ontario, Ottawa ON; Roger Tonkin, Sunny Hill Hospital, Vancouver BC.
Conseillers : Docteurs Jean-Yves Frappier, Hôpital Ste-Justine, Montréal QC; Antonietta Rouget, University of Alberta, Edmonton AB; Diane Sacks (coauteure principale), North York General Hospital, Toronto ON; Michael Westwood, Hôpital Lakeshore, Dorval QC.
Remerciements : Docteurs Suji Lena (ex-membre du comité), Antonietta Rouget (ancienne directrice responsable).


Avertissement

Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes.


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